Andropause : interpreter un bilan hormonal et le dosage de testosterone biodisponible

Avertissement medical
Cet article a vocation informative et ne remplace en aucun cas une consultation medicale. Les informations presentees, redigees sous la supervision du Dr. Bertrand Vasseur (urologue), s’appuient sur les recommandations officielles (HAS, Association francaise d’urologie, ANSM, CNAM Ameli). Toute decision diagnostique ou therapeutique releve d’un medecin habilite. En cas de symptomes, consultez un medecin sans tarder.

L’andropause, ou hypogonadisme tardif, fait l’objet d’une recommandation conjointe AFU – Societe francaise d’endocrinologie publiee en 2024. Le sujet est sensible : sur-prescription de testosterone d’un cote, sous-diagnostic de l’autre. La cle se trouve dans la qualite du bilan hormonal et son interpretation. Cet article detaille les dosages utiles, les pieges d’interpretation, et le seuil clinique decisionnel.

Quand prescrire un bilan hormonal masculin

L’AFU et l’Endocrine Society s’accordent sur les indications. Symptomes evocateurs : baisse de libido marquee, dysfonction erectile non purement vasculaire, fatigue chronique inexpliquee, perte de masse musculaire, prise de masse adipeuse abdominale, depression resistante. Le bilan n’est pas indique chez l’homme asymptomatique, en depistage systematique. Cette regle est essentielle pour eviter les decouvertes fortuites de testosteronemie limite avec prescription inadaptee.

Les dosages du bilan : ce qu’il faut demander

Bilan minimum recommande : testosterone totale matinale (entre 7 h et 11 h), de preference apres jeune de 8 heures. Deux dosages a 4 semaines d’intervalle pour confirmer toute valeur basse. Bilan complementaire en cas de dysharmonie : testosterone biodisponible (la fraction effectivement active sur les tissus cibles), SHBG (sex hormone-binding globulin), LH et FSH (pour distinguer hypogonadisme primaire et secondaire), prolactine (depistage adenome hypophysaire), TSH (les troubles thyroidiens miment l’andropause), PSA et glycemie a jeun avant tout traitement.

Pourquoi la testosterone totale ne suffit pas

La testosterone circulante est liee a 98% a deux proteines : la SHBG (de maniere forte) et l’albumine (de maniere lache). La fraction biologiquement active est la testosterone libre (2%) plus la fraction liee a l’albumine (qui se libere facilement) : c’est la testosterone biodisponible. Lorsque la SHBG est anormale (haute chez le diabetique de type 1, basse chez l’obese ou le diabetique de type 2), la testosterone totale donne une image faussee. Un homme obese avec SHBG abaissee peut avoir une testosterone totale « normale » et une testosterone biodisponible insuffisante. C’est cette derniere qui doit primer dans la decision clinique.

Les seuils d’interpretation

Selon les recommandations AFU 2024 : testosterone totale superieure a 12 nmol/L (350 ng/dL) = normale, peu probable d’avoir un hypogonadisme symptomatique. Inferieure a 8 nmol/L (231 ng/dL) = deficit confirme, traitement a discuter si symptomes. Entre 8 et 12 nmol/L = zone grise, dosage de la testosterone biodisponible necessaire. Seuil testosterone biodisponible : inferieur a 0,18 nmol/L = deficit confirme. Le diagnostic d’hypogonadisme repose sur l’association d’un seuil bas confirme et de symptomes cliniques compatibles.

Pieges d’interpretation a connaitre

La testosteronemie diminue physiologiquement de 1 a 2% par an apres 40 ans, mais reste dans la plage normale chez la majorite des hommes. Une seule mesure abaissee n’est pas un diagnostic : confirmer toujours par un second dosage. Le stress aigu, le manque de sommeil, l’alcool recent, la maladie aigue abaissent transitoirement la testosteronemie. Une obesite massive abaisse la SHBG et fausse le bilan : la perte de poids restaure souvent une testosterone normale. Un syndrome d’apnee du sommeil non traite est une cause frequente d’hypogonadisme reversible.

Le traitement substitutif : conditions et suivi

Le traitement par testosterone (gel cutane, injections) est indique chez les hommes avec hypogonadisme confirme biologiquement et symptomatiquement, apres elimination des contre-indications : cancer de la prostate evolutif, cancer du sein, polyglobulie, apnee du sommeil severe non traitee, insuffisance cardiaque non controlee. Le suivi associe : dosage testosteronemie, hematocrite (risque de polyglobulie), PSA, examen prostatique, suivi tensionnel et metabolique. La duree du traitement est variable, reevaluee annuellement.

FAQ

A partir de quel age un bilan andropause est-il pertinent ?
Pas d’age fixe. Le bilan est demande sur signes cliniques, pas sur l’age. Les symptomes apparaissent rarement avant 50 ans, plus souvent entre 55 et 70.

La testosterone biodisponible est-elle remboursee ?
Oui, sur prescription medicale, comme la testosterone totale et la SHBG.

Le traitement substitutif augmente-t-il le risque de cancer de la prostate ?
Les donnees recentes ne montrent pas d’augmentation de l’incidence chez les hommes correctement selectionnes et suivis. Les anciennes craintes ont ete revisees, mais la surveillance prostatique reste obligatoire.

L’apnee du sommeil peut-elle baisser la testosterone ?
Oui, c’est une cause frequente d’hypogonadisme acquis. Le traitement par PPC restaure souvent une testosteronemie normale, et il est obligatoire de la depister avant de prescrire un traitement substitutif.

Voir aussi notre article sur l’andropause : symptomes et traitements 2026 pour le panorama clinique complet.

Sources : Association francaise d’urologie (recommandations 2024), Endocrine Society Clinical Practice Guideline 2018, Societe francaise d’endocrinologie, ANSM.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut