
Faut-il généraliser le dépistage du cancer de la prostate ? La question divise les médecins depuis vingt ans. Mais fin 2025, la publication des résultats à long terme de la grande étude européenne ERSPC a relancé le débat en France. Et cette fois, les lignes bougent vraiment.
Ce que montre l’étude ERSPC après 23 ans de suivi
Lancée en 1993, l’étude ERSPC (European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer) a suivi des dizaines de milliers d’hommes pendant plus de deux décennies. Ses résultats à 23 ans ont été publiés le 29 octobre 2025 dans le New England Journal of Medicine.
Les chiffres sont parlants : le dépistage par dosage du PSA réduit de 13 % le risque de décès par cancer de la prostate, et de 34 % le risque de forme avancée ou métastatique. Concrètement, un décès est évité pour 456 hommes invités au dépistage.
Pour bien comprendre ce que mesure cet examen sanguin, consultez notre guide d’interprétation du taux de PSA.
Le vrai problème : le surdiagnostic
Si le dépistage systématique n’a jamais été recommandé en France, c’est à cause du surdiagnostic : dans l’ERSPC, le dépistage a doublé la détection de cancers à faible risque, qui n’auraient parfois jamais évolué. Traiter ces formes indolentes expose à des effets secondaires évitables.
C’est là que les nouvelles approches changent la donne. Les études Stockholm-3 et ProScreen, qui combinent IRM et biomarqueurs, font chuter le surdiagnostic de 48 % à 17 %. Le dépistage devient « stratifié » : on adapte les examens au niveau de risque de chaque homme.
Vers un programme organisé en France en 2026-2027 ?
La Commission européenne a recommandé dès 2022 une stratégie de détection stratifiée par le risque, avec un objectif de mise en œuvre en 2026-2027 dans les États membres. En France, l’INCa a consacré un séminaire au sujet fin 2024, et l’Association Française d’Urologie (AFU) plaide pour intensifier le dialogue avec les autorités sanitaires.
Les associations de patients (ANAMACaP, Europa Uomo) défendent une position d’équilibre : favoriser le diagnostic précoce, mais privilégier la surveillance active pour les formes à faible risque, afin de limiter les effets délétères des traitements.
Que faire en attendant, à titre individuel ?
Aujourd’hui, la décision de se faire dépister reste individuelle, idéalement discutée avec son médecin à partir de 50 ans (ou 45 ans en cas d’antécédents familiaux). Notre guide du check-up prostate après 50 ans détaille le parcours type : PSA, toucher rectal, IRM si besoin.
Et si votre dosage revient élevé, pas de panique : les causes possibles d’un PSA élevé sont nombreuses et souvent bénignes. Apprenez aussi à reconnaître les symptômes débutants du cancer de la prostate, même si les formes précoces sont le plus souvent silencieuses.
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Sources : ERSPC, New England Journal of Medicine (octobre 2025) ; Urofrance/AFU (décembre 2025) ; recommandation du Conseil de l’UE (2022). Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical : parlez du dépistage avec votre médecin traitant ou votre urologue.

